CONSEIL LOCAL DE SANTE MENTALE LENS-HENIN

 

En Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande, trois décennies de recherches ont en effet mis en évidence qu’un traitement efficace de la violence conjugale requiert le développement de stratégies de prévention et de protection incluant les enfants. Si l’exposition à la violence conjugale est peu souvent mentionnée explicitement dans les textes législatifs organisant le dispositif de protection de la jeunesse, elle figure en revanche dans la plupart des classifications des mauvais traitements justifiant a minima une évaluation du danger encouru par le mineurA l’échelon européen, la convention sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique crée un cadre juridique complet. Elle dispose que les enfants témoins de violence conjugale sont des victimes. Elles doivent, à ce titre, bénéficier de mesures visant à assurer leur protection et leur soutien (article 26). Cette convention affirme également l’obligation de prendre en compte, lors de la détermination des droits « de garde » et « de visite » concernant les enfants, les incidents de violence couverts par son champ d’application (article 31).

En France, le thème de la violence conjugale a bénéficié de l’attention soutenue des pouvoirs publics et des médias à partir des années 2000, suite à la publication des résultats de l’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (dite ENVEFF). Cette enquête apporte de nombreuses connaissances et fournit notamment deux résultats importants concernant les liens entre enfance et violence conjugale. D’une part, elle présente une corrélation entre le fait d’avoir vécu une situation difficile pendant l’enfance – parmi lesquelles le fait d’avoir été témoin de graves tensions entre les parents ou d’un climat de violence – et l’exposition à la violence conjugale à l’âge adulte. D’autre part, elle montre que la durée des situations de violence, comme le cumul des violences, augmentent la probabilité que les enfants y assistent. En effet, « près de deux tiers des mères en situation de violence très grave ont dit que leurs enfants en étaient témoins ». Raison pour laquelle E. Brown & M. Jaspard concluent, s’agissant des enfants des femmes en situation de violence conjugale, qu’ils « souffriront par la suite d’une vulnérabilité sociale et affective qui grèvera durablement leur histoire de vie, a fortiori s’ils sont eux-mêmes maltraités ».